Dans quelles dispositions on doit célébrer le Mariage, et passer le jour des Nôces.

I. Prenez garde de ne pas vous marier; ni même vous fiancer, avec un empêchement de parenté, d'affinité, ou autres empêchemens. Si vous avez quelque doute sur ce point, consultez votre Pasteur, ou un Confesseur éclairé. Celui qui est marié avec quelque empêchement qu'on apelle dirimant, n'est point véritablement marié, à moins qu'il ne soit légitimement dispensé.

II. N'ayez que des intentions saintes et légitimes, lorsque vous pensez à vous engager dans le mariage. Eloignez de votre coeur les intentions grossières, basses et impures; autrement l'Esprit de Dieu se retireroit de vous, et vous livreroit à l'esprit de Satan. Ce seroit prophaner ce grand Sacrement, que de s'y engager avec de pareilles intentions. Voici les intentions et la fin que vous pouvez vous proposer pour vous marier.

1°. De prendre un établissement pour vous fixer dans un état, et pour vous y sanctifier. 2°. De vous tirer des occasions du péché et des dangers de succomber aux tentations. 3°. D'élever dans la crainte du Seigneur les enfans que Dieu vous donnera.

Ecoutez, jeune homme, les paroles du jeune Tobie, et aprenez de lui les intentions que vous devez avoir en vous engageant dans le mariage. Seigneur, disoit ce saint jeune homme, qui avez formé Adam, et qui lui avez donné Eve pour lui servir de compagnie et de secours, vous voyez les intentions de mon coeur: je prends cette fille votre servante, pour être mon épouse, pour me sanctifier avec elle, et pour élever dans votre crainte, les enfans que vous me donnerez, afin qu'ils bénissent votre Nom dans l'éternité.

Et vous, filles Chrétiennes, écoutez les paroles de la jeune Sara, épouse de Tobie, et profitez de son exemple. Vous sçavez, ô mon Dieu, disoit-elle, que je n'ai jamais eu de désir sensuel pour un homme, et que j'ai conservé mon ame pure. Je n'ai jamais pris part dans les jeux et dans les divertissemens de ceux qui s'amusent à folâtrer; j'ai toujours fuï la compagnie des personnes vaines et légères; si j'ai consenti de prendre un mari, ce n'est qu'en votre crainte, dans une intention sainte, et dans l'espérance que vous nous accorderez votre miséricorde et votre protection, en comblant de vos bénédictions les jours que nous passerons ensemble. O que bénits soient ceux qui se marient avec de si saintes dispositions, et avec des intentions si pures !

III. Priez Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa sainte Mère, d'assister et de présider en Esprit à votre mariage, comme ils assistèrent autrefois en Personne aux nôces de Cana. Pour attirer sur votre alliance la protection de Jésus et de Marie, souvenez-vous que la célébration du mariage doit se faire avec des sentimens de Foi & de Religion. Ne souffrez point qu'il y ait pendant cette sainte cérémonie, des impies, des gens qui ont l'esprit bouffon, & des railleurs de choses saintes. Passez une grande partie du jour de vos nôces dans la prière & l'oraison, afin d'attirer sur vous les faveurs du Ciel.

Si vous faites un festin, qu'il soit comme celui de Tobie, avec des personnes sages, & que tout s'y passe dans la crainte de Dieu. Prenez garde qu'il n'y ait chez vous dans ce jour mémorable, aucune dissolution en paroles, en chansons, en débauche: vous avez plus besoin de prières le jour de vos nôces, que de divertissements. Il vous est permis de vous y réjoüir, mais que ce soit dans le Seigneur.

Si vous évitez, & si vous bannissez de vos nôces, les danses, vous rendrez gloire à Dieu. La danse, comme nous l'avons démontré dans ce Livre, est un exercice toujours dangereux, & souvent criminel. La circonstance des nôces, ne rend pas la danse moins dangereuse: elle y est même souvent moins innocente par les libertés qu'on  s'y permet, & par les péchés qui s'y commettent. Les danses qui se font aux nôces; sont ordinairement un désordre d'autant plus déplorable, qu'il est plus universel. La sainte Eglise de Jésus-Christ n'aprouve point de telles réjoüissances; on n'a qu'à lire ce que les Conciles & les saints Pères ont dit sur cette matière. Dans le Concile de Laodicée, il est ordonné aux Prêtres & aux Ecclésiastiques qui se trouveroient aux nôces, de sortir de l'assemblée, & de se retirer aussi-tôt que les Joüeurs d'instrumens arriveront pour ouvrir la danse; parce qu'il seroit indigne & honteux à des Ministres de Jésus-Christ, d'autoriser par leur présence de tels abus.

Prenez garde que le jour & le soir de vos nôces, ou à la bénédiction du lit nuptial, il n'y ait aucune ridicule cérémonie, aucune vaine observance, aucune pratique superstitieuse. Pratiques détestables, dont sont quelquefois infatués certains Peuples ignorans. Abus indignes de la Sainteté du Christianisme, & qui sont encore un pitoyable reste du Paganisme.

IV. Quelque tems après la célébration de votre mariage, & le plutôt  que vous pourrez; priez un Confesseur éclairé & prudent de vous instruire des devoirs de votre état, & des fautes qu'il faut éviter, crainte que dans l'ignorance vous ne tombiez par passion ou par aveuglement dans de certains péchés, qui en soüillant votre ame; déplairoient à Dieu, & attireroient sur vos enfans quelques malheurs. Souvenez-vous pour cet effet, de ces belles paroles que le saint jeune homme Tobie dit à Sara son épouse, dès le premier jour de leur mariage. Sara, ma chere épouse, nous sommes les enfans des Saints, gardons-nous bien de vivre ensemble dans notre mariage, comme les Payens qui ne connoissent pas Dieu.

V. Voici un dernier avis qu'il est à propos de donner aux jeunes gens. Lorsque vous serez en âge de vous marier, si vos peres & meres s'oposent à votre établissement, n'en murmurez pas; ils le font pour votre propre avantage, dans la crainte que vous ne preniez un mauvais parti; parce que souvent les jeunes gens s'aveuglent, & ne connoissent leur aveuglement, que lorsqu'il n'est plus tems. Prendre un parti, plutôt selon le choix de vos parens; que selon le vôtre; c'est, dit S. Ambroise, se marier selon le Seigneur. Ne faites cependant rien malgré vous, & ne prenez aucun engagement contre votre inclination.

On ne peut trop répéter aux peres & meres, qu'ils doivent bien prendre garde, qu'ils doivent bien prendre garde de ne jamais forcer l'inclination d'un enfant, pour l'engager dans le mariage, ou dans une vocation. Ils ne doivent pas même sans raison suffisante, s'oposer à un mariage convenable: ils répondront à Dieu des péchés ausquels ils exposeroient un enfant, & des scandales qui suivroient d'un pareil refus. Un enfant ne doit pas pour cela se porter à des excès, & agir par caprice. Ainsi, jeunes gens, si vos peres & meres s'oposent à votre dessein, par opiniatreté, par humeur, par avarice; tachez d'obtenir leur consentement par votre complaisance, par votre obéissance & votre patience. Priez quelques parens, quelques amis prudens, de parler à votre pere; qu'ils lui fassent comprendre, qu'il ne peut en conscience s'oposer sans raison à un mariage légitime, ni vous laisser ainsi sans établissement dans un état dangereux pour votre salut, ou contraire à votre fortune.

EXEMPLES:

Environ l'an 1115. lorsque le Royaume d'Angleterre étoit encore Catholique, la divine Providence apella au mariage d'une maniere singuliere & admirable, un jeune Gentilhomme de la Ville de Londres, nommé Gilbert. Ce jeune Seigneur inspiré de Dieu, fit le voyage de Jérusalem, accompagné d'un domestique, nommé Richard, dans le dessein de combattre à la Guerre contre les Infidèles. A peine fut-il arrivé dans la Terre Sainte, qu'il fut pris avec son domestique par les Infidèles, qui l'enchaînèrent, & le mirent dans les prisons d'un Prince des Sarrasins, ou grand Seigneur du Pays. Gilbert demeura un an & demi avec Richard dans cette dure captivité, très-fatigué par les ouvrages pénibles ausquels on l'occupoit. Il étoit cependant moins misérable que les autres esclaves; parce que le Prince qui voyoit en lui beaucoup d'éducation & de sagesse, le traitoit avec bonté, & même avec considération.

Ce Prince Sarrasin avoit une fille unique, qui admiroit la conduite de Gilbert, & qui étoit charmée de sa vertu. Cette fille depuis quelque tems, cherchoit l'occasion de lui parler en particulier, & l'ayant un jour trouvé seul, elle lui demanda d'où il étoit? Je suis, répondit Gilbert, de la Ville de Londres en Angleterre. De quelle Religion êtes-vous, lui dit cette fille? Je suis, répondit-il, de la Religion Catholique, Apostolique & Romaine. Quelle est cette Religion, continua cette jeune Princesse, & que vous enseigne-t'elle? Gilbert lui expliqua en peu de paroles les Mystères de notre Religion, & sur-tout les Mystères de la Vie, de la Passion, de la Mort & de la Résurection de Jésus-Christ, l'assurant qu'on ne pouvoit être sauvé sans la Foi en Jesus-Christ; que les Prophètes avoient prédit toutes ces choses plus de mille ans avant qu'elles arrivassent. Cette fille que Dieu vouloit convertir par le ministère de ce jeune Gentilhomme, goûtoit tant de plaisir & tant de consolation à l'entendre, que depuis ce tems elle épioit les momens, & ne manquoit aucune occasion de lui parler. Gilbert de son côté, l'entretenoit avec beaucoup de modestie, toujours des choses de Dieu & du salut. Il lui parloit avec tant de dignité de nos saints Mystères, des Vertus Chrétiennes, du plaisir qu'il y a d'être à Jésus-Christ, & de le servir, qu'un jour elle lui dit : vous aimez donc bien ce Jésus-Christ, duquel vous me dites de si belles choses? Oüi, lui répondit le jeune esclave, je l'aime de tout mon coeur; & je l'aime avec tant d'ardeur, que je voudroit embraser tous les coeurs de son amour. Mais, poursuivit-elle, souffrirez-vous la mort pour lui? Gilbert à cette proposition, crut que cette fille étoit d'intelligence avec le Prince son pere, pour le tenter, & pour le faire renoncer à Jesus-Christ; & sur le champ il répondit, que ce seroit avec joye, qu'il mourroit pour Jésus-Christ; & que la plus grande grace qu'il pût recevoir en ce monde, étoit de donner sa vie & son sang pour son Sauveur.

Cette réponse généreuse toucha si vivement le coeur de cette fille, qu'elle prit la résolution d'embrasser une Religion si parfaite. Dans ce moment, elle dit à Gilbert: votre Religion me paroit sainte & divine; les vertus qu'on y pratique, & que je vois en vous, sont si admirables, que je suis resoluë de me faire Chrétienne, d'abandonner ma fausse Religion, de quitter même mes parens, mes biens & mon Pays, pour adorer & servir  Jesus-Christ. Mais comme je ne connois point de Chrétiens que vous, je vous prie de me promettre que vous m'épouserez. Je trouverai le moyen de vous tirer de votre prison, & je me sauverai de la maison du Prince mon pere, pour aller avec vous dans votre Pays. Ce n'est point l'intérêt, ni aucune inclination naturelle, ni un motif humain qui me fait parler de la sorte: vous êtes esclave, & moi je suis Princesse, fille d'un des plus grands Seigneurs de ce Pays. Si je demande votre alliance, ce n'est que pour avoir la consolation d'être instruite dans votre Loi, & de vivre avec vous dans la Religion de Jesus-Christ. Le Prince mon pere me destine un parti riche & puissant; mais j'aime mieux me sanctifier avec vous, que d'être placée sur le Trône; & je me croirai la plus heureuse des femmes, si je puis être un jour l'épouse d'un homme aussi vertueux que vous.

Gilbert qui ne s'attendoit point à une pareille proposition, fut si étonné de ce discours, qu'il demeura quelque tems sans répondre une seule parole. Il apréhendoit que cette fille ne lui tendît un piège, & qu'elle n'eût un ordre secret de son pere pour le surprendre, & peut-être pour le faire mourir; c'est pourquoi il se contenta de lui répondre en général, qu'elle seroit heureuse d'être Chrétienne, qu'elle devoit prier le Seigneur de l'éclairer, & d'accomplir sur elle sa sainte volonté. Il se passa ensuite quelque tems, & Gilbert ayant trouvé une favorable occasion, rompit ses chaînes, sortit de la prison, & se sauva la nuit avec Richard son domestique, & avec tous les autres esclaves, sans rien dire à personne. (page 382)

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